Pyramide des besoins de Maslow

La pyramide des besoins de Maslow schĂ©matise une thĂ©orie Ă©laborĂ©e Ă  partir des observations rĂ©alisĂ©es dans les annĂ©es 1940 par le psychologue Abraham Maslow sur la motivation. L’article oĂč Maslow expose sa thĂ©orie de la motivation, A Theory of Human Motivation, est paru en 1943. Il ne reprĂ©sente pas cette hiĂ©rarchie sous la forme d’une pyramide, mais cette reprĂ©sentation s’est imposĂ©e dans le domaine de la psychologie du travail, pour sa commoditĂ©. Maslow parle, quant Ă  lui, de hiĂ©rarchie, et il en a une vision dynamique.

La pyramide est constituĂ©e de cinq niveaux principaux. Selon Maslow, nous devrions rechercher d’abord Ă  satisfaire chaque besoin d’un niveau donnĂ© avant de penser aux besoins situĂ©s au niveau immĂ©diatement supĂ©rieur de la pyramide. Par exemple, il est prĂ©fĂ©rable de rechercher Ă  satisfaire les besoins physiologiques avant les besoins de sĂ©curitĂ© : c’est pour cela que, dans une situation oĂč notre survie serait en jeu, nous serions prĂȘts Ă  prendre des risques.

Bien qu’il soit question de pyramide dans cet article, il est a noter que jamais Maslow n’a mentionnĂ© que son modĂšle constituait une pyramide. En effet, Maslow parlait plutĂŽt de hiĂ©rarchie des besoins.

 

IntĂ©rĂȘt du modĂšle

Marketing

Cette pyramide est utile en marketing[1], oĂč elle permet de positionner un produit[2]. Son aspect logique y a sans doute un effet rassurant. Il ne s’agit pourtant que d’une Ă©bauche de mĂ©thodologie, qu’il faut adapter Ă  l’environnement Ă©tudiĂ©. Au-delĂ  du premier, il s’agit, Ă  strictement parler, plus d’aspirations que de besoins. Elle permet d’adapter les services aux clients.

DĂ©fauts et limites du modĂšle

La pyramide de Maslow est l’un des modĂšles de la motivation les plus enseignĂ©s, notamment en formation au management. Ce modĂšle possĂšde l’avantage d’ĂȘtre immĂ©diatement comprĂ©hensible et frappant, mais il possĂšde de nombreuses limites qui ont conduit Ă  sa rĂ©futation pratiquement totale[3]. Abraham Maslow n’a Ă©tudiĂ© qu’une population occidentale[4] et instruite pour aboutir Ă  ce rĂ©sultat. Dans d’autres modĂšles de sociĂ©tĂ©s, ce modĂšle peut ne pas ĂȘtre valide. Il s’agit de se questionner sur la lĂ©gitimitĂ© du modĂšle en prenant en compte le contexte social de la population ou de l’individu.

Critique de la validité scientifique

Le fondement du modĂšle de Maslow est la hiĂ©rarchisation des besoins, cette hiĂ©rarchisation stricte n’est pas pertinente,

  • Le besoin de reconnaissance sociale, est pour l’homme (animal social) un besoin aussi important que les besoins physiologiques [rĂ©f. nĂ©cessaire]. Ou tout au moins il est arbitraire de hiĂ©rarchiser des besoins qualitativement diffĂ©rents sans justifier cette hiĂ©rarchie. Il n’y a donc pas a priori de hiĂ©rarchie aussi directe entre les besoins physiologiques, sĂ©curitĂ© du corps, relationnels et affectifs. Le besoin de reconnaissance sociale, ou celui du lien social, apparaĂźt en effet une composante Ă  part entiĂšre de la personnalitĂ©, Ă  satisfaire pour son dĂ©veloppement. On peut citer, l’hospitalisme, cas de bĂ©bĂ©s laissĂ©s sans contact affectif, en pouponniĂšre, qui meurent de ne pas avoir de relations et ĂȘtre stimulĂ©s psychologiquement. Également le cas des « enfants sauvages », qui ont satisfait jusqu’à leur dĂ©couverte leurs « besoins physiologiques » et de « sĂ©curitĂ© du corps », mais n’ont pas pour autant dĂ©veloppĂ© une personnalitĂ© humaine normale.
  • L’individu cherche parfois Ă  satisfaire des besoins d’ordre supĂ©rieur mĂȘme lorsque ceux de la base de la hiĂ©rarchie demeurent insatisfaits. Cette hiĂ©rarchie impose qu’un besoin supĂ©rieur n’est atteint qu’à condition de satisfaire les autres, alors qu’un palier peut ĂȘtre passĂ©. Par exemple, un travailleur prĂ©caire peut ĂȘtre plus motivĂ© que ceux qui bĂ©nĂ©ficient de la sĂ©curitĂ© de l’emploi[5].
  • Par ailleurs, et de mĂȘme que dans tous les modĂšles par couches, le passage Ă  des couches supĂ©rieures remet en question la stabilitĂ© des couches de base. Par exemple, le besoin d’estime peut amener Ă  nĂ©gliger le besoin de sĂ©curitĂ© au cours d’activitĂ©s tĂ©mĂ©raires mais socialement valorisĂ©es (Ordalisme). « Malheureusement, les recherches n’ont pu valider l’ordonnance particuliĂšre des Ă©tages de la pyramide de Maslow et il a Ă©tĂ© difficile de mesurer objectivement l’actualisation de soi (Schulz, 1977 ; Haymes, Green et Quinto, 1984 ; Weiss, 1991 ; Neher, 1991)[6]. »

Distinction entre « besoin » et « désir »

Le besoin est exprimĂ© par le cerveau inconscient sous forme d’une Ă©motion qui en signale la prĂ©sence et la satisfaction ou la non satisfaction. Tandis que le dĂ©sir est exprimĂ© par le cerveau conscient sous forme de mots ou d’actes libres[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Par exemple, tout individu a besoin de survivre en cas d’attaque, par la contre-attaque ou la fuite (actions inconscientes ou instinctives). En revanche, vouloir possĂ©der une moto est un dĂ©sir. C’est une vision bĂ©haviorale du besoin et du dĂ©sir.

La libido (le dĂ©sir chez Freud) est non seulement l’expression du dĂ©sir sexuel mais Ă©galement la sensation de bien-ĂȘtre, en rapport avec la satisfaction de ce dĂ©sir. C’est un processus largement inconscient, la vision freudienne du dĂ©sir Ă  largement inspirĂ© la publicitĂ©.

La vente utilise le dĂ©sir, la libido, pour combler le besoin et le dĂ©sir. Le besoin est un sentiment de manque ou de privation accompagnĂ© d’un dĂ©sir de le voir disparaĂźtre. L’acte inconscient d’achat est largement inspirĂ© par le dĂ©sir compulsif.

Certains auteurs préconisent donc une nouvelle hiérarchie, non pas basée sur le besoin mais sur le désir, et donc parler de demande[7].

Aspects psychologiques et processus mentaux

Les besoins vitaux sont issus du systÚme sympathique (gÚre la vie, la survie, la reproduction) tandis que les autres besoins sont issus du systÚme parasympathique (gÚre les besoins en état de sécurité).

Quand le systĂšme sympathique entre en action, il utilise un rĂ©seau nerveux diffĂ©rent du systĂšme parasympathique et l’action sur les sujets est diffĂ©rente en fonction du systĂšme rĂ©ellement en action. Par exemple, quand une personne est sur le sympathique (c’est-Ă -dire en situation de se protĂ©ger de ce qui est perçu comme une attaque grave), les ressources allouĂ©es Ă  l’estomac sont minimes par rapport aux ressources allouĂ©es Ă  l’autodĂ©fense. La digestion se fait donc mal en situation d’insĂ©curitĂ© et de stress. Par contre, quand la personne se sent en sĂ©curitĂ©, le systĂšme parasympathique gĂšre la digestion qui se fait normalement et agrĂ©ablement. La satisfaction d’un besoin produit une Ă©motion positive tandis que la non satisfaction du besoin produit une Ă©motion nĂ©gative. L’analyse minutieuse des Ă©motions permet d’identifier correctement le besoin signalĂ©[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Classifications voisines

Une autre classification, réduite à trois niveaux, plus simple, est opérée en sociologie[réf. nécessaire].

  1. Besoin primaire ou besoin vital, physiologique. Quelle que soit la sociĂ©tĂ© Ă©tudiĂ©e, il est impossible de s’en passer.
  2. Besoin secondaire ou besoin social. Il est impossible de se passer de ces besoins pour avoir une vie normale en sociĂ©tĂ©. Ces besoins sont : se laver, possĂ©der une adresse, porter des vĂȘtements en bon Ă©tat, savoir lire, etc.
  3. Besoin tertiaire ou besoin personnel. Il sert Ă  se sentir bien, Ă  ĂȘtre en bonne santĂ© mentale ou simplement de bonne humeur. Donc : avoir des passes-temps, acheter une certaine marque.
  1. Besoins naturels indispensables Ă  la vie (boire, manger, dormir), au bien-ĂȘtre (maison, hygiĂšne, diĂ©tĂ©tique, affection), et au bonheur (philosophie, amitiĂ©, sagesse)
  2. Aspirations naturelles dont on peut à la rigueur se passer (le sexe, l’amour, jeux, arts, sciences, etc.)
  3. Aspirations de création humaine et donc artificielles (richesse, gloire, etc.)
  4. Aspirations mystiques et non rĂ©alisables (dĂ©sirs d’immortalitĂ©, etc.)

Les neurosciences ont mis en Ă©vidence tant le rĂŽle du plaisir que de la souffrance dans l’activitĂ© cĂ©rĂ©brale servant de support au processus de dĂ©cision[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Notes et références

    ↑ La pyramide de Maslow (le besoin) [archive]. ↑ http://www.marketing-strategique.com/Pyramide-de-Maslow.htm [archive] ↑ Jacques Lecomte, Les thĂ©ories de la motivation, Sciences humaines, Hors-sĂ©rie no 19 - dĂ©cembre 1997/janvier 1998. ↑ La pyramide de Maslow : dĂ©finition [archive] : « Plusieurs scientifiques s’accordent Ă  dire que la pyramide de Maslow connaĂźt certaines limites dans la mesure oĂč ses observations ont portĂ© exclusivement sur la population occidentale. » ConsultĂ© le 30 septembre 2011. MĂȘme quand ils sont au bord de la famine, les hommes ont aussi un besoin vital d’estime et de reconnaissance sociale [archive]. Feldmann, Giroux & Cauchy, Introduction Ă  la Psychologie Approches Contemporaines, CheneliĂšre McGraw-Hill, MontrĂ©al, 1994, page 475Patrick Viveret : « Passer de la notion de besoin Ă  la notion de demande ».

Voir aussi